Le jeu d'acteur et la Sophrologie

« Un atout d'une grande efficacité pour notre métier ».


[…] L’émotion est un vécu corporel. Dans chaque situation, dans chaque contexte, tout ce que nous vivons est porteur d'émotions, de sensations qui passent par le corps : chaud, froid, amour, tristesse, joie, douleur... Tout s’inscrit en lui. Se couper du corps, c'est alors se couper des émotions. Mentaliser une émotion ou une sensation, ce n'est pas la vivre, c'est la penser, la construire de tout pièce. Nous ne voulons pas qu'un comédien nous montre ce qu'il ressent, nous voulons qu'il le vive ! […]


Mais  l'acteur se contente trop souvent d'intellectualiser le jeu sans réellement impliquer son corps ; en d'autres termes : il joue le texte. A ce propos, Peter Brook disait : « en Angleterre, nous avons les meilleurs acteurs, dommage qu'ils n'aient pas de corps. Ce sont des têtes sur des corps morts ».


Depuis le début de ma carrière, il y a maintenant près de vingt ans, je travaille à percer le mystère des mécanismes du jeu, implicitement liés aux seuls outils du comédien : son corps et son esprit.

Après avoir approché le chant, la danse, l'escrime, l'expression corporelle, la diction, la respiration, le travail du masque, mais aussi les arts martiaux et la méditation, la Sophrologie fût une vraie rencontre. Elle est un entraînement rigoureux et quotidien, dont le principe actif est neurologique. Contrairement aux idées reçues, nous n’utilisons pas que 10% de notre cerveau, (pour vérifier, essayez de vous en faire retirer une infime partie, vous en verrez les conséquences…)  nous l’utilisons à 100%. Ce qu’il nous reste à développer, se sont les connexions neuronales. Le système de transmissions interne dont nous disposons des pieds à la tête est ultra-performant, mais sous-employé… La Sophrologie nous permet alors d’établir de nouvelles connexions entre notre corps et notre cerveau. L’entraînement nous permet d’en maîtriser les mécanismes, de développer de nouveaux potentiels vers de nouvelles capacités, pour en arriver à ce qui touche particulièrement l’acteur : la maîtrise des émotions.


Le deuxième principe de la Sophrologie, est de se vivre au moment présent, être là, ici et maintenant. C’est vivre l’action présente ; ce que tout acteur doit envisager…


En parvenant à ces finalités, c'est notre être tout entier qui participe et s'engage dans l'action présente ; le jeu s'en ressent plus fort, et prend vie. Le « vécu » devient évident pour l'acteur qui n'a plus qu'à se laisser porter par les émotions qui le traversent des pieds, à la tête... À quoi bon dire « je t'aime », si rien ne se produit en moi ? Autant dire « passe-moi le sel », au moins, ça sonnera juste... […]


Lee Strasberg, créateur de la célèbre méthode de l'acteur studio, utilisait la relaxation avant chaque cours. On apprendra finalement que la force de sa méthode, c'est qu'il n'y avait pas de méthode. Il se mettait simplement à l'écoute de ses acteurs, et les aidait à descendre dans leur corps, à le détendre pour mieux plonger au cœur du jeu, en faisant appel à leur mémoire affective, émotive et sensorielle. Strasberg, précurseur de la Sophrologie dans le jeu des comédiens ? Il faudrait poser la question à ses élèves : Marlon Brandon, James Dean, Rebecca De Mornay, Paul Newman, Dustin Hoffman, Al Pacino, Robert De Niro...


Grâce à la relaxation et à la respiration, le comédien est disponible. Il lui faut apprendre à ne plus se concentrer, source de repli sur soi et de tensions mentales, mais à se relâcher... pour mieux vivre...


David Lesné,

Sophrologue certifié, formé à l'Académie de Sophrologie de Paris,

sous la direction du Docteur Patrick-André Chéné.